Par Roberto Sáenz

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À l’issue de cette édition, une grève nationale énergique finalise, la troisième consécutive dans le dernier an. On pouvait s’attendre à ce que tout le monde fasse grève indépendamment du syndicat auquel il appartenait. Les syndicats favorables au gouvernement ont permis une   «  liberté d’action »’ sachant que la grève était, en tout cas, impossible d’arrêter. Le gouvernement a parié que la journée se passe rapidement et rien d’autre: il a laissé faire les piquets mis en place par la gauche sans contretemps majeurs, piquets dans lesqueles notre parti a joué un rôle remarquable comme on a pu voir par les médias.

La grève a eu un caractère passif; Hugo Moyano et compagnie savaient qu’ils pourraient la contrôler car il n’y a pas, actuellement, des gros combats par en bas. En ce sens, elle a été moins « chaude » que celle du 10 avril de l’année dernière, au milieu de la lutte contre l’ajustement et la dévaluation et lorsque la dynamique des événements était plus ouverte qu’aujourd’hui, où tout semble canalisée par la voie électorale.

De toute façon, la gauche a fait ses piquets[1], une démonstration supplémentaire du fait qu’elle est devenu un véritable acteur dans la politique nationale. Les piquets sont une expression que les relations des forces créées ces dernières années ne seront pas faciles d’inverser: il y a quelques mois le bureaucrate Pignanelli (dirigeant du Syndicat de l’industrie automobile – SMATA) se plaignait amèrement de la « facilité » d’arrêter le pays face à ce gouvernement.

De là l’élément le plus stratégique qui a laissé cette grève générale: un avertissement au prochain gouvernement que la classe ouvrière ne se laissera pas faire bafouer.

Le problème est le salaire

La grève a eu une énorme massivité. Les travailleurs encadrées par les deux  CGT’s ont cessé leurs activités. Dans la Ford de  Pacheco Ford la bureaucratie syndical a convenu avec le patronat que ce jour-là se passe comme s’il s’agissait d’une journée de « chômage technique » payée à 80 %; personne n’est allé travailler. Cette modalité de « fermer les yeux » a été répété dans de nombreux endroits. Ni les patrons ni les syndicats progouvernementaux n’ont essayé de faire en sorte que la grève n’ait pas lieu: il n’y avait pas des conditions pour cela.

La revendication explicite c’était l’impôt sur le salaire. Il est bien connu qu’il affecte des couches de plus en plus importantes de travailleurs. Mais avant les négociations salariales qui se profilent, l’aberration est double, car il tend à les remettre en question dans leur ensemble : quel est l’intérêt d’obtenir une augmentation de salaire si ce qu’on obtiendra devra être consacré au paiement de ce impôt? Une contradiction qui menace de transformer les négociations salariales dans une arnaque.

Toutefois, la grève est allée bien au-delà: il s’est agi d’une manifestation de mécontentement autour du salaire en général. On vient de finir une année 2014 où les augmentations de salaires ont été plus bas que l’inflation, baissant le salaire réel. Il est vrai que l’inflation s’est modérée quelque peu ces derniers temps; mais aucun travailleur ne veut qui se consolide une détérioration de son niveau de vie: « (…) pour que, en moyenne, les travailleurs parviennent à une augmentation réelle de 35 %, les négociations salariales devraient définir une augmentation de 45 %. Et afin de garantir aux salariés une amélioration de 40 %, qui soit en phase avec l’inflation de l’année dernière mesurée par des consultants privés, l’augmentation convenue devrait être autour du 51 % »(La Nación, 31/03/15).»

Il est évident qu’aucun dirigeant syndical ne demandera ces chiffres. Hugo Moyano et les autres organisateurs de la grève n’ont même pas osé parler d’un pourcentage d’augmentation; ils n’ont non plus lié la grève générale aux négociations salariales qui arrivent; comme toujours, ils négocieront branche par branche.

Toutefois, le contenu de la mesure de résistance a été celui-ci: les travailleurs ont fait la grève en pensant au salaire en général et aux conditions de travail en particulier (emplois précaires, rythmes de travail, etc.), même si ces revendications ne faisaient pas partie du programme des dirigeants de la grève.

 « On ne doit pas convoquer une grève générale avec beaucoup d’avance »

Sur ce mécontentement s’est appuyée la bureaucratie syndicale d’opposition. Le « meilleur des mondes » pour eux: beaucoup de colère par en bas, mais sans que des débordements importants puissent avoir lieu: après les défaites de Gestamp et Lear, jusqu’ici, des luttes importantes n’ont pas eu lieu.

Hugo Moyano a bien mesuré le terrain; il est resté prudent, refusant de convoquer n’importe quelle action de lutte pendant des mois. Sa tâche consiste à assurer une transition ordonnée vers le prochain gouvernement: se montrer comme garant de la gouvernabilité. Mais, par cela même, il est obligé de mettre en scène sa « puissance» et de démontrer qu’il est un élément fondamental de cette gouvernabilité. Par conséquent, d’un jour à l’autre, il s’est joint à la grève des transports, la transformant en une grève générale.

Le chef de la CGT anti-gouvernement a dit quelque chose qui reflète sa méthodologie: « On ne doit pas convoquer une grève générale avec beaucoup d’avance », il a dit quand des journalistes lui ont demandé ce qu’il allait faire. Traduit: le moyen de maintenir a grève contrôlée est d’appeler à la grève d’un jour à l’autre; ne pas faire connaître ses mouvement. Jouer au cache-cache, afin d’éviter qu’on puisse faire des assemblées par lieu de travail. Il a appelé une grève avant un long week-end (grève le mardi, alors que le jeudi et vendredi sont fériés), assurant ainsi, en même temps, la massivité et le caractère passif de la grève.

Le message a été le même pour le gouvernement actuel et pour le prochain; voilà une autre caractéristique de l’appel. Bien que Barrionuevo ait signalé que son syndicat va promouvoir que « soit appelé une grève générale de 36 heures avec mobilisation », et malgré le fait que Hugo Moyano ait dit   « qu’il est plus proche appeler à une autre grève que de ne pas le faire », il n’est pas clair que ce soit le plus probable.

Hugo Moyano n’a aucune expectative dans une réponse favorable du gouvernement; malgré cela, ce n’est pas claire, u’il convoquera une nouvelle grève. Son but va au-delà: avertir au gouvernement prochain qu’il doit lui prendre en compte s’il veut un pays tranquille.

L’importance stratégique des piquets de la gauche

Un autre fait significatif de la journée est que par  troisième fois consécutive la gauche a mené des piquets dans plusieurs des points les plus stratégiques du pays. Il n’y a eu aucun problème; il était prévisible que le gouvernement laisserait passer ces actions: il ne voulait pas s’exposer à polariser, encore moins avec une grève qui comptait avec tant adhésion.

La gauche s’est gagné une place spécifique dans ces journées nationales de lutte grâce aux piquets de grève, qui visent à lutter pour le caractère actif des grèves générales. Il est vrai que ce caractère actif était, dans la journée du 31, plus symbolique que le 10 avril de l’an dernier: il s’agissait d’une grève générale dans une situation de crise du gouvernement moins importante qu’il y a un an.

En tout cas, ce que cherchaient les piquets  a été d’établir un précédent; mettre en œuvre une habitude militante qui, dans des conditions de plus grande radicalisation, puisse devenir une initiative des secteurs réels des travailleurs, aidant à passer de la grève générale passive à une vrai grève générale. Parce qu’une grève générale se caractérise par une intense activité de la classe ouvrière, qui en se plaçant sur la scène nationale, conteste en fait qui gouverne le pays: la bourgeoisie ou le prolétariat.

Dans une situation de montée de la lutte des classes, les piquets peuvent se transformer en un canal de débordement des dirigeants bureaucratiques; voilà son potentiel révolutionnaire: « Le caractère politique de la grève des masses a un autre élément: la nécessité de déborder les directions traditionnelles, la bureaucratie syndicale.  Celle-ci est la plus forte responsable du fait que ne soient pas remises en cause certaines limites, de maintenir séparé chaque secteur des travailleurs, chaque syndicat, seulement attentif  àses intérêts spécifiques « professionnelles »; de le garder comme une lutte purement syndicaliste, revendicative. Et quand on appelle à des actions telles que les grèves générales, la bureaucratie est responsable du fait que le combat ne ait pas au-delà de certaines limites: grèves passives avec les travailleurs restent chez eux, ne prenant pas vraiment dans leurs mains les affaires de la lutte » (“El significado de la huelga general”, Journal SoB n ° 284, en espagnol).

Dans le même temps, les piquets de ce 31 M ont été le théâtre d’un combat politique au sein de la gauche. Cela s’est exprimé dans la banlieue nord de Buenos Aires: il y a eu deux piquets différents. Celui accordé entre notre parti et le PO à Henry Ford et Panamericana (dirigé par la liste Negra (Noire) et la Marron (Brune) du pneumatique, deux listes antibureaucratiques), et celui qu’a réalisé dans la solitude le PTS à Lear.

Le contenu de ce combat politique : le refus du PTS de faire face au bilan de la défaite de Lear. Les expériences de Gestamp et Lear font partie de l’expérience de la nouvelle génération de travailleurs et militants; mais il est essentiel d’avoir un bilan des deux combats afin qu’ils servent aux objectifs de la récupération des méthodes historiques de lutte de notre classe.

Travailler pour une alternative socialiste

La nature passive de la grève fait  difficile de penser que la continuité soit possible. Contradictoirement, la massivité de la grève et le caractère réactionnaire de la réponse de Cristina, fait grandir encore plus les incertitudes sur l’impôt sur le salaire et les négociations salariales qui viennent.

Bien que sans changer à priori le scénario d’une année électorale, il est probable que les contradictions puissent se développer dans le plan des salaires: la force de la grève permet de penser que les choses ne peuvent pas rester comme ça; mais la nature passive de la grève laisse la « clé de la continuité » entre les mains d’Hugo Moyano.

La gauche devrait, dans tous les cas, taper sur cette contradiction pour réclamer ce qui Barrionuevo a menacé: une grève de 36 heures avec mobilisation si le gouvernement ne répond pas aux demandes.

Il nous reste mettre l’accent encore un élément de la grève générale: le message qu’elle a laissé pour le gouvernement qui vient. Dans l’Argentine arrive quelque chose de symptomatique: la bourgeoisie ne parvient pas à normaliser pleinement le pays. La tradition de lutte de la classe ouvrière argentine, combinée aux rapports de forces hérités de 2001, donnent lieu à une situation dans laquelle en un an, peuvent se produire trois grèves générales.

Il est vrai que pour le moment, la clé de l’appel à ces actions est entre les mains la bureaucratie syndicale: la gauche dirige des secteurs d’avant-garde des travailleurs, non  pas syndicats nationales.

De toute façon, il ce n’est pas importance que la classe ouvrière se place dans le centre de la scène nationale avec ses revendications. Nous venons de la mobilisation réactionnaire des procureurs le 18F; plus tard a eu lieu l’acte du 1M du gouvernement au Congrès (et la dispute de la Plaza de Mayo entre les K et la gauche le 24 mars).

La grève générale a laissé, maintenant, aux travailleurs dans le centre de la conjoncture. Il s’agit, si l’on veut, de la conséquence la plus importante du 31 M: la classe ouvrière a est apparue avec ses revendications tant face à ce gouvernement comme à celui qui vient, ce qui revêt une importance énorme, si nous prenons conscience que la bourgeoisie n’aura pas en 2016 des moyens d’éviter un ajustement économique difficile qui donnera lieu à une situation très tendue.

Si le 2015 sera une année majoritairement éléctoral (bien qu’il faut voir comment les choses évoluent concretement!), il est déjà clair qu’on doit se préparer pour un 2016 agité.

Au service de cette préparation devra se mettre, aussi, la campagne électorale qui vient: notre jeune militantisme sort à la Capitale Fédérale, Neuquen et à la longueur et la largeur du pays pour défendre les revendications les plus profondes des exploités et opprimés, s’apprêtant à intervenir dans chaque combat qui arrive (comme aujourd’hui, où nous avons été à l’avant-garde des piquets réalisés dans tout le pays), ainsi qu’en défendant la perspective générale d’une alternative socialiste face au gouvernement Kirchneriste et aux candidats de l’opposition bourgeoise: la perspective de que gouvernent ceux qui n’ont jamais gouverné: les travailleurs.

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[1] En Argentine, la tradition est, plutôt que des piquets dans les lieux de travail (qui peuvent être réalisés lors d’une grève dans une seule usine), de faire des blocages des principales autoroutes du pays afin d’empêcher la circulation. Il s’agit d’un héritage du mouvement « piquetero » qui a été à la tête de la révolte de 2001